SKIFFCUP 2019 #3

November 26, 2019


Depuis le début, cela allait crescendo. Le genre de truc ou tu dis t’es  cap ou pas cap. T’es pas cap de sauter 10 marches, t’es pas cap de faire le saut de la mort pour un fossé de 1m de large, pour arriver au final à : t’es pas cap que l’on fasse la skiff cup de Sanguinet ???

 

Une discussion, certes, mais de gamins de 9 ans d’âge mental. 

 

Et plus le temps passait, et plus le pas cap a viré du côté de t'es cap. 

Mai, le mois de tous les dangers avec ses ponts et ses viaducs, Cedric vient faire la régate du pétrole a Marseille, on se prévoit une demi journée d’entrainement. A nous les virements de bord sauvages en jibant, les envois de spi musclés et les empannages d’homme. 

Les hommelettes…. resteront a terre, le mistral qui frise les 40 kts nous obligeant à plier boutique.

 

Est-ce que l’on est prêts pour cette régate ? Mais bien sûr, on affirme, on ment ouvertement, pire que lycéens qui ont eu 4 en maths et disent que ce n’est pas leur faute mais celle du prof, que l'exercice proposé était faux, pire que tout gouvernement qui te promet la fin du chômage et des impôts, pour dire, et même pire que toute péripatéticienne qui te promet un pur moment de bonheur sans choper une maladie type blennorragie. 

 

Je quitte Marseille mercredi matin, et déjà, ça partait mal, impossible de trouver 2 roues en 8’’ pour remplacer celles de la remorque qui sont au bout de leur vie, frippées comme une vieille de 60ans trop restée au soleil. 

 

Finalement, je pointe le bout de mon étrave a Sanguinet et tombe recta sur mon copain Cedric qui traine en vélo a côté du club de voile. 

Cool me dis je, on va pouvoir mâter avant la nuit, demain on sera au point. C’est sans compter sur quelques mélanges et erreurs de passage de bouts et drisses. Pourtant, j’avais bien appris ma leçon avec le maître incontesté du 4000, je veux parler de Benoit, ce vieux chibani qui habite a 3km de la maison et qui m’a tout expliqué depuis le début. Avant qu’il vienne, je ne comprenais pas tout, une fois qu’il était parti, j’avais compris qu’il savait que je ne savais pas tout. 

 

Mercredi soir, devant les enfants de Cédric sur la terrasse du bungalow, on leur a expliqué qu’à l’interro de matage, on avait répondu a toutes les questions et que, oui, sans aucun doute on allait avoir au moins 18 et que si on avait moins que ça, c'était la faute du prof, donc de Benoit, limpide n'est il pas.

Je n’ai pas compris pourquoi notre nez s’allongeait. 

 

Et je pense que c’est à partir de ce moment que les ennuis ont commencé. Forcement quand le matin se ballade devant ton bungalow une galantine des prés en te regardant tendrement, comme tout bon marin de métier Cédric et moi, je me suis demandé ce qu’il allait nous arriver. 

 

Comment vous ne savez pas ce que c’est une galantine des prés ?

Un grandes oreilles, la bête, un polop….un fox traduction littérale chez les rosbeefs.  C’est clair là ? Cela s’allume dans votre hémisphère droit ? 

Chez moi, ma femme sait qu’il ne faut pas en cuisiner, mes enfants savent qu’il ne faut pas en parler, ni prononcer son nom, sous peine qu’un grand malheur arrive.

Alors là quand le polop te passe au petit dej sous le nez, attends toi à prendre cher. 

Et le remède docteur ? Alors vous me prendrez de la morue crue salée avec un verre de vin rouge a l’apéritif pour conjurer le sort. Le tout sans avoir un haut le cœur ni un retour.  On avait du vin rouge, mais on avait pas de morue…. Les emmerdes allaient arriver c’est sûr. 

 

Jeudi, pas de régate, mais de l’entrainement. Et comme les mauvais élèves que nous sommes, on a copié, pompé, utilisé des anti sèches pour avoir les trucs des balaises de la classe 4000, pire que des espions Russes à Cap Canaveral, on a tout photographié, enregistré les conversations et même fait des crobards.

 

Est-ce que les balaises se sont offusqués ? Pas le moins du monde, cette ambiance entre 4000, c’est la classe, personne ne se prend la tête, Manu prend le temps de t’expliquer, passe d’un bateau a l’autre, tensiomètre en main, Micka te dit : bienvenue a la maison. Pour un peu je me croirais en stage de réinsertion sportive, mais stage façon OSS 117. 

 

Bon, ce n’est pas le tout de mettre du scotch a droite a gauche, de se faire des mamours en se passant la main dans le dos, en enfilant cul nu sa combine sur le bord du trottoir, mais ce serait bon de tirer des bords. 

 

Alors action. 

 

Sur notre 4000 qui porte le numéro 4612, ce n’est pas simple. Notre sponsor c’est COTOREP, on dirait deux handicapés qui font de la voile. Aux jeux paralympiques de 2024 on a une chance, faut se consoler comme on peut. 

 

Je couine à chaque virement de bord, la faute à une côte cassée 15 jours avant sur chute en vélo et qui n’a pas envie de se faire maltraiter de si tôt.  Et l’apothéose vient pendant les bords de spi… 

Pas besoin de viagra pour mettre le bout dehors, comme on dit au Cameroun : ça sort comme ça sort. C’est pour replier le bazar que l’on a plus de mal, impossible de le rentrer, ça coince. Alors que l’on voudrait qu’il porte à droite ou à gauche façon slip couille croisée de Playtex, non, il veut rester bien centre. 

On se demande même si un pot de vaseline ne nous faciliterait pas la glisse. Remarque même si ça glissait comme papa dans maman…. Cela n’arrangerait pas notre équilibre précaire. On frise la correctionnelle, souvent, et comme au loto, on fait une quine question dessalage. 

 

La nuit porte conseil ? Bien sûr, je me dis que dans les autres équipages, il y a des plus vieux, des aussi coincés, des moins rapides et que demain, avec l’aide de Saint Tramadol, qui efface les douleurs de la nuit, on va s’en sortir. 

Notre force ce soir là à 21h00 ? C’est de se dire que quand c’est impossible, alors cela devient intéressant. 

 

Vendredi, mise à disposition à 14h00, pas une minute de retard, ici, on prend le temps pour faire du foie gras et du confit, mais les manches partent avec une précision Suisse. Impressionnant. 

 

Est-ce la seule chose impressionnante ? Ben non, Eole le Grec a décidé de s’énerver un peu. Il a décidé de se tirer la bourre avec son cousin Romain Aquilon et ça donne du 25 kts établis en fin d’après midi. 

Notre tactique ? Déjà ne pas se mettre au tas, facile à dire, ensuite, on va se la jouer façon carte vermeil….

La tactique est donc la suivante : on part du principe que ça doit baisser en fin d’après midi…. Alors on fait 2 manches façon vermeil sans spi, et la dernière, on tape dans la plaquette de Viagra… et on met tout dessus. 

 

On a déjà un problème de vue et d’ouïe à régler, on ne voit pas les pavillons, et on entend pas la corne de brume, du coup, on rate le départ. 

Notre faiblesse ? Ben vous le savez déjà, on est cassé de partout et sans expérience. 

Notre force ? 170 kg de lest mobile, le Panzer de la flotte, c’est nous !

Premier bord de près pas terrible, et vire la bouée au vent et là…. La carte vermeil a parlé. 

Devant nous, que des dérives en l’air, ça part au tas des deux bords, et nous on file comme un pet de polop sur une toile cirée. 

 

C’était trop beau, le grandes oreilles a frappé, le polop se tenait là planqué dans un coin et il a bouffé les rivets du vie de mulet au second bord de près. 

Le con, la grand voile ressemble à une vieille laitue, et nous à deux cons. 

Retour au stand, mais pendant le retour, on échafaude des plans. 

 

J’ai de quoi faire un triple pontage coronarien dans mon coffre de traffic…. Mais pas de quoi faire une arthrodèse de bôme. 

On accoste et on voit, voilà ce que l’on dit. A peine posés sur le sable, que je lance l’opération overloard. Mais en moins de temps qu’il n’en faut a Julie Graziani pour dire des conneries, j’ai en main une perceuse et une pince à riveter. Merci à vous, les saints bernards du 4000 qui avez de quoi remette une bôme… quelle courtoisie, quel fairplay!

 

Aussi tôt dit aussi tôt fait, nous sommes en place à côté du comité. On a raté la 3ème, mais la 4ème symphonie de 4612 en gite majeure et virement mineur peut démarrer. 

T’en connais beaucoup toi des comités de course qui lancent une dernière manche quand un bateau se pointe après réparation ? 

 

Et là, est venu notre slogan, sur ce bord de près, précisément. Et quel est il ? 

《C’est nous ça !》

Cherchez pas, il n’y a rien a comprendre, même un bègue arriverait à le prononcer, c’est simple et efficace. 

Mais il marche. A tel point que sur cette manche, avec ce vent qui ne mollit pas, on n’est pas derniers. La technique vermeil a payé. Ce soir, on peut dormir sur le dos en bombant le torse, on a pas démérité. 

 

Et samedi ?

 

Samedi, ça se complique, le vent se lève, le clapot l’accompagne. 

Comme hier, on est dans les choux au départ, bons derniers, on avait pas branché le sonotone et pas entendu le coup de sifflet, il faut vraiment que l'on aille chez audika. 

Mais, et c’est notre force, on pèse. Et là on a fait un bord de près de malade. Le 4711 vous connaissez ? Mais si, le bateau des balaises, un équipage mixte qui marche fort. 

 

On vire la bouée au vent sur leur tableau arrière. Quoi ? Qui a dit qu’il n’y avait pas de tableau arrière ? On s’en fout, on leur suçait le safran pour paraphraser une expression bien connue des cyclistes. 

 

Mais, la gourmandise est un vilain défaut. Spi, pas spi, moins de vent, et en confiance, et comme on est pas des omelettes, et que surtout, surtout ce matin on n’a pas vu de polop au petit dej, on se dit vas y balance. 

 

Cela partait bien, puis la survente a eu raison de nous…. On s’est couchés fatigués, sur un 4000 à coque rouge qui a trouvé sympa d’étendre mon spi sur son échelle tribord. 

Le spi s’est déchiré comme un drap de pauvre qu’il était, laissant filer à travers l'ouverture de son éventration nos espoirs de remontée. 

 

C’est tout ? 

 

Non, l’arthrodèse de la veille n’a pas résisté à la pose sauvage de rivets, et la bôme est en train de s’ouvrir comme un canette de coca entre les mains de  Stalonne.

 

Retour au stand….

 

Et ce coup ci , il faut admettre que c’est une défaite. 

Alors quoi? il faut arrêter là et tout plier. Vous pensiez qu'avec du sparadrap j'allais faire une suture façon steristrip? 

Non, il faut savoir raison garder. Surtout quand je vois au stand des 4000 avec du mât plié, de la bôme cassée, de la grand voile déchirée.... 

 

Mais je garde en mémoire cette phrase d’Hemingway qui dit que l’homme n’est pas fait par la défaite, il peut être détruit mais pas vaincu. 

Par contre, en ce qui concerne le polop….. je ne peux pas garantir que l’an prochain il ne soit pas détruit, dépecé et roti en cocotte pour que je puisse vaincre. 

 

Vous l'avez compris, j'ai passé 3 jours de bonheur avec mon copain Cédric, dans des conditions difficiles, certes, mais dans une ambiance que j'aime. 

 

Bertrand

 

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